L’explication
L’« explicateur » est un individu obséquieux qui cherche à se rassurer en fournissant des explications et des justifications détaillées pour tout. Aucune action ni aucun choix ne demeure sans explication. Ce comportement est sous-tendu par la crainte d’être mal compris, d’être accusé de nourrir de mauvaises intentions ou de perdre l’approbation d’autrui. En tout expliquant, l’« explicateur » tente de prévenir toute tension ou tout rejet éventuel.
Les racines de ce schéma se trouvent souvent dans une enfance où l’enfant était constamment tenu de justifier ses actes ou ses sentiments. Il est possible qu’un parent ait remis en question, de manière critique, tout ce qu’il faisait : « Pourquoi as-tu agi ainsi ? » ou « Explique ce que tu veux dire. » Ou peut-être l’enfant a-t-il été accusé de choses qu’il n’avait pas commises, l’obligeant ainsi à se défendre. Le message qui s’est alors ancré est le suivant : « Si je n’explique pas tout clairement, je serai mal compris et rejeté. »
À l’âge adulte, cela se manifeste par des schémas reconnaissables. Prenons l’exemple d’une femme qui arrive en retard à un rendez-vous et en explique immédiatement les raisons avec force détails : « Désolée pour mon retard ; il y avait des embouteillages, le feu est resté au rouge, et j’ai même dû m’arrêter pour faire le plein… » Pour son interlocuteur, ces explications sont souvent superflues, mais pour elle, il s’agit d’un réflexe : en justifiant tout, elle espère éviter que l’autre personne ne se mette en colère.
Un autre exemple est celui d’un homme qui, après avoir exprimé son opinion, ajoute aussitôt une série de précisions : « Attention, je ne dis pas ça dans une mauvaise intention ; je dis simplement cela parce que… » Il cherche en permanence à éviter tout malentendu. Avant même que son interlocuteur puisse réagir, celui qui « donne des explications » anticipe ce que ce dernier pourrait penser et tente, par ses paroles, d’aplanir les choses.
La société perçoit souvent la personne qui « explique tout » comme quelqu’un qui communique avec soin et transparence. Toutefois, le revers de la médaille est que ce comportement peut s’avérer épuisant pour l’entourage. Alors que d’autres pourraient se contenter d’une réponse brève, cette personne se sent contrainte d’exposer le moindre détail, poussée par la crainte d’être mal comprise.
Au lieu de simplement exprimer ce qui est, les mots deviennent un rempart défensif. Le sentiment réel — tristesse, insécurité ou colère — se retrouve enfoui sous une couche d’explications. Derrière toutes ces explications se cache une conviction silencieuse : « Si je ne m’explique pas, l’autre risque de mal me comprendre, et je perdrai le lien qui nous unit. »
« L’Expliqueur » montre comment la servilité peut également se manifester dans le langage — non pas par le silence, comme c’est le cas chez le « Silencieux », mais plutôt par une profusion de mots visant à conjurer le rejet.