L’apologiste
La personne qui « s’excuse sans cesse » adopte une stratégie consistant à se montrer obséquieuse : elle cherche à se mettre en sécurité en présentant continuellement des excuses. Dire « désolé » devient un réflexe systématique, même dans des situations où, objectivement, rien ne justifie une telle réaction. Pour cette personne, il s’agit d’un moyen de prévenir toute tension ou colère, et de rassurer autrui sur le fait qu’aucune intention malveillante n’était présente.
Ce schéma trouve souvent ses racines dans une enfance où l’enfant était tenu pour responsable des tensions ou des disputes au sein de la famille. Même lorsque ce n’était pas réellement de sa faute, on lui disait : « Regarde ce que tu as fait. » Pour éviter le rejet ou une punition, l’enfant a appris que présenter rapidement des excuses pouvait contribuer à apaiser la tension. La leçon qu’il a intériorisée est la suivante : « Si j’endosse la responsabilité, l’autre reste calme, et je demeure en sécurité tout en préservant le lien. »
À l’âge adulte, ce comportement est nettement perceptible. Prenons l’exemple d’une femme qui, dans un magasin, frôle accidentellement quelqu’un et s’empresse de dire « pardon, pardon, pardon » — alors même que l’autre personne ne s’en est pratiquement pas rendu compte. Pour elle, cette réaction semble indispensable pour éviter que l’autre ne se mette en colère.
Un autre exemple est celui d’un homme qui, tout en exprimant son opinion au cours d’une conversation, ajoute aussitôt : « Désolé, c’est peut-être une bêtise ce que je dis. » Il ressent le besoin de s’excuser, même pour des gestes anodins, comme le fait de poser une question. Aux yeux de son entourage, il peut paraître modeste ou bienveillant, mais en réalité, ce « réflexe de s’excuser » découle de la peur d’être rejeté.
Ce qui caractérise la personne qui s’excuse constamment, c’est un profond sentiment de culpabilité, souvent déconnecté des faits réels. Son système nerveux réagit au moindre signe de mécontentement chez autrui comme si une menace était imminente. Le réflexe consiste alors à endosser immédiatement la responsabilité — parfois même de manière préventive, avant même que l’autre n’ait prononcé le moindre mot.
La société peut valoriser ce comportement ; une personne qui présente ses excuses est perçue comme polie et attentionnée. Mais, revers de la médaille, celui ou celle qui s’excuse en permanence se dévalorise. Au lieu d’affirmer sa présence avec assurance, cette personne sape inconsciemment sa propre valeur. Derrière chaque excuse se cache une même conviction profonde : « Si j’endosse la responsabilité, je maintiens le lien. »
La personne qui s’excuse sans cesse montre qu’une attitude obséquieuse ne prend pas toujours des formes spectaculaires ou ostensibles. Parfois, elle se manifeste par un seul petit mot, répété à l’infini — un mot censé procurer un sentiment de sécurité, mais qui, ce faisant, érode peu à peu l’estime que l’on a de soi-même.